Labé : A la rencontre de la directrice générale du musée du Fouta

Construit le 09 juin 2001, le musée du Fouta est l’initiative d’un groupe d’amis qui a voulu mettre en relief la culture de cette communauté, pour ne pas qu’elle soit dans les oubliettes. Depuis sa création jusqu’à nos jours, Hadja Djénabou Koumanthio Diallo est la directrice générale de ce musée qui met en valeur les mœurs du Fouta. Dans une interview qu’elle a accordée à notre rédaction, elle retrace les grandes lignes de la création de ce musée, les difficultés rencontrées et ce qu’on y trouve. Bonne lecture !

Actualitefeminine : Bonjour Hadja, comment l’idée de créer ce musée est venu en tête ?

Hadja Koumanthio : le musée du Fouta a été créé le 09 juin 2001. Les porteurs du projet comme c’était un projet au départ, sont des amis à moi qui croient en cette culture du Fouta Djallon et qui pensent que cette culture ne doit pas mourir ou rester comme ça, ces amis et moi avons pensé donc que le Fouta est une grande région qui a été d’abord un Etat avant l’État Guinéen. Le Fouta a existé avant la Guinée comme on le dit, le Fouta ne devait pas rester comme ça sans sa maison de culture dans laquelle on doit conserver la mémoire c’est-à-dire le musée.

Actualitefeminine : quelles ont été les difficultés pour la construction de ce musée ?

Hadja Koumanthio : L’idée de mettre en place un musée était toute nouvelle pour les braves populations du Fouta, mais l’esprit de conservation est encré chez nous donc tout le monde sait conserver donc je dirais l’un dans l’autre pour la création du musée du Fouta n’a pas été difficile parce que le musée c’est la conservation c’est conserver la mémoire, c’est conserver des pièces pour remémorer de comment on était, comment les choses se passaient, donc il y’a un esprit de conservation , puisque cet esprit est innée en nous, en tous les foutankés donc la sensibilisation n’a pas été très longue les gens ont vite compris et adhéré au projet. Le problème c’était qu’est-ce qu’il fallait mettre dans le budget et là des grands connaisseurs de musées africains m’avaient posé la question de savoir : qu’est-ce qu’un peul pourrait bien présenter dans un musée ? Parce qu’au départ je devais convaincre les uns et les autres de me laisser créer le musée il a fallu que je passe devant certaines commissions pour justifier pourquoi on devait avoir notre musée. Il y en a qui ont dit non le musée national pourrait suffire et moi j’ai dit non on est peu présent dans le musée national j’ai pu même dire que culturellement on ne l’est pas parce que culturellement le Fouta n’est pas une région de masque or le musée national est un musée de masque moi j’ai dit non et les gens m’ont demandé qu’est-ce que je vais présenter on va voir j’ai dit on va voir parce que mes arrières grands parents ont été jusqu’à créer un Etat j’ai dit nous allons représenter cet Etat non seulement mais aussi on n’oublie pas que nous sommes ou nous avons été des pasteurs donc la culture tournait autour d’un animal qu’est la vache donc moi je vais trouver quelque chose qui va représenter cette grande culture millénaire du Fouta Djallon c’est ainsi que nous avons commencé à récolter des pièces par-ci par-là je disais au début que c’est ici le problème parce-que qu’est-ce qui reste aujourd’hui dans nos familles c’était ça la grande question mais qu’à cela ne tienne on est parti même de l’histoire de cette région de l’histoire même des peuls pour créer un parcours à visiter dans le musée. Avant l’État théocratique donc avant la mise en place d’un pouvoir basé sur la région, il y avait d’abord la culture de ceux qui devaient être islamisés on n’est pas arrivé ici comme ça on avait notre culture, notre façon de faire nos cérémonies on était une grande culture et cela a continué jusqu’aujourd’hui et je souhaite que la génération montante ne vienne pas tout déranger. Le Fouta c’est quand même une grande culture alors on s’est mis à chercher tout qu’est-ce qu’on pouvait mieux présenter qui pouvait dire aux visiteurs oui ce que vous êtes en train de visite, gardez en mémoire quelques objets qui parlent de l’antéislamique alors là on en a trouvé, parce qu’ aujourd’hui quand vous parlez de ça je peux vous dire que dans cette même préfecture de Labé il y a des vestiges, des survivances, des lieux où on pourrait dire nos arrières grands-parents sont arrivés ici ils ont fait ceci, un exemple frappant c’est la  pierre de Koulidara où le fondateur de Labé Manga Labé s’assaillait pour faire des incantations face au soleil. A l’époque ces peuls-là adoraient les quatre (4) n’gai c’est-à-dire N’gai naagué, N’gai naggué, N’gai yiité et N’gai haigué donc moi je dis forcément on est trop riche en culture on ne peut pas se battre donc on doit trouver quelque chose, ensuite on a été un État Islamique ça veut dire qu’on a été géré par des grands érudits qui ont maîtrisé le coran qui savaient tout.

Actualitefeminine : que peut-on trouver dans ce musée ?

Hadja Koumanthio : à l’intérieur du musée la première pièce qu’on visite c’est la statue qui représente le vieux avec des apprenants et le coran en main, aussi des bâtons de berger, il y a le chapeau parce-que le peulh est connu avec son Bâton de berger derrière les bœufs, et puis son chapeau en poular on dit maaguewal, des livres coraniques qui sont écrits à la main qui datent de 400 et de 300 ans,  la représentation de l’intérieur de la case de la femme ce qu’on appelle le foyer ( le houbbhinirdé), la table traditionnelle appelé kaatanal en poular, le lit en banco (danki leydi en poular ), et le dhaggal etc… C’est comme ça que nous nous somme mis à récolter quelques pièces qui restent dans les familles. J’espère qu’il en reste beaucoup et que ceux qui vont nous suivre sur ce site vont devoir sortir les objets de valeur parce que c’est maintenant, les cases on les brûle, on les démoli pour en faire des maisons à étages et puis la petite case d’hier est partie, parfois elles partent avec des grands objets comme ce qui relatent la vie de nos ancêtres. Tout cela représente la culture du Fouta Djallon.

Actualitefemininine : à part les objets traditionnels que peut-on trouver au musée du Fouta ?

Hadja Koumanthio : il y a aussi le Doudhal où plus de 500 femmes viennent étudier le coran. Nous voulons le maximum possible, imiter nos parents, dans tout ce qu’ils avaient fait. Ils ont fait beaucoup de choses merveilleuses en dehors de ces frontières-là qui fait que le Fouta est reconnu non seulement pour la beauté de sa nature, la beauté de ses habitants, mais la beauté de l’âme de ceux qui habitent la région et nous nous sommes dit que là c’est un modèle qu’il faudrait suivre. On s’est dit que le doudhal devrait être dans ce musée et l’a implanté jusqu’à recruter des jeunes filles qui vont étudier le coran étudier toutes les sourates jusqu’à la traduction pour voir combien de fois Dieu a réservé une place à la femme. Sur 22 recrues, nous avons eu 15 qui ont pu étudier et deux (2) ont pu mémoriser le coran. A côté du doudhal on avait un petit atelier de couture où y avaient 3 machines, faute de moyen l’atelier ne marche plus. Ensuite il y’a une association des femmes qui étudient le coran au musée,  les filles qui fréquentent la doudhal sont au nombre de 30, l’association Néné Fatima Zahara a un nombre total de 500 femmes et nous étudions dans 25 doudhés.

Actualitefeminine : que pensez-vous de la musique pastorale ?

Hadja Koumanthio : La musique des peuls, la musique pastorale,  est en train de tomber, la vraie musique pastorale c’est la flûte, Nghêghêrou , le baylol, ça c’est une musique, elle te pénètre quand tu l’écoute et cette musique malheureusement ceux qui jouent ces instruments aujourd’hui sont soit vieux, soit abandonnés à cause de certains préjugés et cela m’écœure. C’est à la radio rurale de Labé qu’on peut avoir le vrai folklore aujourd’hui, ces jours passés on était à Mali avec le préfet où on a Rendu hommage à un groupe de musiciens de Woora ou de Hidayatou qui gardent leur culture, l’authenticité, qui ont fait des tambirou, castagnettes et laala en poular pour l’exposition au musée du Fouta. Il faut s’organiser pour que des jeunes apprennent. En Europe on peut voir un ensemble de blancs qui ont l’instrumental au complet qui chante en poular avec le ghêghêrou, laaladhé, tam-tam, etc. Sans mélanger une guitare ou autre.

Actualitefeminine : Votre mot de la fin

HadjaKoumanthio : Je remercie nos partenaires naturels ce sont les autres musées d’Afrique et quelques-uns de la Guinée, il y a aussi l’école du patrimoine Africain où on accompagne les musées. Le Musée du Fouta a besoin d’une aide pour son avancement afin que tout le monde tire profit.

Interview réalisée par Mamadou Lamarana Bah 620132028

 

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