une Guinée réconciliée: quelques éléments d’approche (Libre Opinion)

La Guinée, pays francophone, situé dans la partie occidentale du continent africain, s’étend sur une superficie de 245857 km2 sur laquelle vivent environ 12 millions d’habitants .Elle a été épargnée jusque-là̀ d’une véritable guerre civile contrairement à̀ la plupart de ses pays frontaliers.

Cependant, son histoire, elle, n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Elle a été émaillée de violences depuis les premières heures de l’indépendance jusqu’à nos jours. Très souvent, les bourreaux d’hier sont les victimes d’aujourd’hui et les victimes d’aujourd’hui étaient les bourreaux d’hier.

Ces violences, si récurrentes ont laissé́ des familles endeuillées sans justice. Beaucoup de ces crises sont restées inexpliquées et impunies. Cette situation a fini par créer les frustrations, les doutes et méfiances au sein de la population. Ce qui fait que la nouvelle génération grandit au milieu d’une histoire tronquée et partisane. Ceux qui détiennent les archives retraçant l’histoire de ces violences, par prudence disent-ils, refusent de mettre ces documents à la disposition de la population afin de mettre fin à ces crises répétitives. De cette situation inexpliquée, s’élèvent des voix qui réclament vérité́ et justice pour mieux préparer l’avenir. Dans ce contexte précis, la promotion de l’unité́ et la réconciliation en Guinée doit être la pierre angulaire sur laquelle doivent être ériges tous les efforts nationaux pour lutter contre toute forme de discrimination et d’exclusion qui ont caractérisées notre patrie pendant des années. Dans le contexte guinéen, la réconciliation doit être focalisée sur la redéfinition de l’identité́ guinéenne et la construction d’une conscience commune d’être guinéen. Pour ce fait, il est important de mettre en exergue les causes ensuite les éléments de solutions.

                                       Les causes:

Pour éradiquer un mal, il faut le connaitre, étudier sa source:

Elles sont multiples, mais nous pouvons entre autres souligner que depuis l’indépendance de la Guinée le 02/10/1958, les différents Régimes qui se sont succédés ont été́ caractérisés par les violations des droits de l’homme. Ce qui occasionne souvent les crises sociales et politiques. Parmi les causes de ces violences nous avons :

 La culture de l’impunité :

La Guinée a connu des moments très sombres au cours de son histoire, du premier régime (camp boiro), deuxième régime (1985,2 et 3 février 1996, la répression de 2006 et 2007) sans oublier le moment de la junte militaire (28 septembre 2009) jusqu’à nos jours. Curieusement, aucune réponse n’a été donné par les autorités politiques et judiciaires guinéennes de l’indépendance a nos jours tant sur la véracité des faits qui se sont déroulés que sur la responsabilité des uns et des autres et ni la réparation pour les victimes.

La défiance de la population envers le système judiciaire :

De nos jours, la population a peu de confiance en justice en raison de la corruption qui y prévaut. Du coup, il est fréquent que les gens se fassent justice eux-mêmes. Ce qui explique les récentes violences dans les préfectures comme : Mandiana, Siguiri etc….

Les partis politiques à caractère ethnique et régional :

Les formations politiques (mouvements ou partis politiques) de la Guinée de l’indépendance à nos jours ont toujours eu ou ont un caractère ethnique et régional. Chaque leader politique s’appuie sur sa région et son ethnie pour arriver à son objectif. Ils (les leaders politiques) se servent toujours de leurs ethnies et régions en tenant parfois des discours divisionnistes et haineux afin d’avoir une cote de popularité́. Cela a fini par installer une sorte de considération ethnique et régionale au sein de la population dans leurs choix.

A cela s’ajoute la pauvreté́ extrême, génératrice de frustrations:

L’appauvrissement extrême de la Guinée est le corollaire et en même temps le ressort de la situation de crise permanente qui s’est installée progressivement. L’histoire récente de la Guinée peut même être décrite comme étant l’histoire de la frustration d’un peuple. Le mélange explosif des inégalités sociales et de la mal-gouvernance (déficit d’éducation de masse, désorganisation des forces de sécurité́, gouvernance opaque du pays) a généré́ un sentiment profond de frustration qui en est, sans aucun doute, la marque. Une « frustration de classe » à tel point que la société́ guinéenne s’est trouvée peu à peu divisée entre une majorité́ pauvre, non éduquée, et une élite médiocre, corrompue et déconsidérée aux yeux de la population par son usage désastreux du pouvoir.

Une frustration génératrice de ressentiments, d’abord inter-guinéens, ayant conduit à l’effondrement des solidarités et alliances. Traditionnelles, familiales, culturelles ou religieuses et ayant trouvé́ un exutoire dans les cycles de violences extrêmes produites et reproduites désormais sur plusieurs générations guinéennes etc.

                           Les pistes de solution 

Pour réconcilier les guinéens il faut impérativement les réconcilier avec leur histoire :

Dans le cas guinéen, quels objectifs peut-on assigner à un processus de réconciliation qui puisse prendre en compte toutes les sensibilités nationales?

Aujourd’hui plus qu’hier, le processus de réconciliation reste et demeure un enjeu majeur pour la Guinée. Cependant, l’interrogative logique qu’on devrait soulever est celle de la signification à donner, en Guinée, à la notion de « réconciliation nationale » ? La question mérite d’entre posée : s’agit-il de réconcilier les guinéens entre eux, ou s’agit-il de réconcilier les guinéens avec l’Etat ?

Nous pouvons tous ensemble convenir d’une chose: Toute violence en Guinée, quel qu’elle soit n’a été́ rendue possible que par l’absence d’un Etat de droit, c’est à̀ dire un Etat dont l’action est limitée, encadrée et sanctionnée par le droit.

La réconciliation étant un facteur psychologique et social important qui facilite la reconstruction des relations entre les membres d’une même société́, elle doit être aperçue comme un processus par lequel la Guinée doit passer des crises sociales du passé vers un futur commun et apaisé. Le model que nous voulons proposer en Guinée tient en considération le passé pour la préparation d’un futur meilleur. Un processus par lequel la société́ guinéenne doit sortir du divisionnisme du passé vers une société́ présente et future commune.

Et c’est sans doute la raison pour laquelle nous croyons que toute réconciliation doit permettre aux victimes d’exprimer les

Souffrances qu’elles ont subi, reconnaitre leurs préjudices, juger les responsables lorsque cela est encore possible et reformer l’Etat de façon à ce que ces violences ne se reproduisent plus.

Elle devrait par ailleurs permettre

  • la possibilité́ de renvoyer des dossiers devant la justice lorsque la nature des violences, la disponibilité́ des auteurs présumés et la volonté́ des victimes le commandent.
  • Enoncer la responsabilité́ présumée des auteurs de violations des droits humains lorsque la justice n’est plus compétente, dans le cas du décès des auteurs ou responsables.

Au-delà̀ des réparations financières, elle devra intégrer des réparations morales et symboliques : construire un mémorial à la mémoire des victimes ; faciliter l’accès aux soins des victimes ; exhumer les corps de ceux qui ont été́ exécutés par les régimes passés et offrir des sépultures décentes pour que les familles puissent se reconstruire sont autant d’exemples de ce que le processus devrait permettre.

Garanties de non répétition : Pour éviter que les violences politiques ne se reproduisent, l’Etat devra garantir :

  • une lutte contre l’impunité́ effective, à travers les procès nécessaires des crimes de l’histoire récente, notamment du massacre du 28 septembre 2009 ou des répressions de 2007. L’impunité́ ayant été́ à l’origine de la répétition des crimes du passé, y mettre un terme est une condition essentielle à la réussite du processus.
  • des réformes institutionnelles, notamment du secteur de la justice et des forces de sécurité́, qui devront permettre une reforme consensuelle et efficace de l’Etat afin de construire des garde- fous et garanties que l’Etat ne sera plus privatisé à des fins personnelles et que la justice ne sera plus instrumentalisée à des fins politiques.

Ce sont bien de tels dysfonctionnements qui ont été́ l’occasion de toutes les dérives et des plus grandes violations des droits humains en Guinée. Il s’agit de mettre en place les contre-pouvoirs et les garde-fous permettant d’éviter la reproduction de tels crimes. Les victimes des graves violations des droits humains attendent un tel processus depuis de nombreuses années, d’autant qu’il a été́ plusieurs fois annoncé. Il s’agit aujourd’hui d’une urgence nationale, à laquelle les autorités nationales devraient répondre au plus vite, en considérant que l’agenda politique, y est propice surtout dans ce contexte où il y’a une crispation aiguë de la situation socio-politique.

Lutter contre l’impunité́, condition de la réconciliation

Cette forme est caractérisée par une vision globale et partagée, la guérison mutuelle et le pardon mutuel. Mais surtout reconstruire dans un climat de défiance généralisée notamment vis-à̀-vis de la justice :

-La reconnaissance honnête du préjudice ou blessures que chaque partie a infligé a l’autre

– de sincères regrets et des remords pour le préjudice causé

– la volonté́ de présenter des excuses pour le rôle joué dans l’infliction du préjudice.

La volonté́ politique :

Rien ne peut être entrepris sans cette volonté́ qui permettra de consolider l’identité́ du guinéen et mettre l’intérêt général en premier lieu, plutôt que de favoriser certains citoyens sur base de leur appartenance ethnique ou régionale.

– créer une nation gouvernée par l’Etat de droit et les droits de l’homme.

-combattre les formes de division et de discrimination, et promouvoir l’entraide mutuelle et la synergie dans la construction de la nation.

La bonne gouvernance, à savoir (le partage du pouvoir, la démocratie, la justice, et la sécurité́…)

De tout ce qui précède, les guinéens doivent enfin se mettre à̀ l’idée qu’ils appartiennent à la même nation. Ils doivent s’accepter et accepter leur histoire. Le sentiment du vouloir vivre collectif doit primer. Pardonner et faire preuve de grandeur d’esprit. Ce qui ne veut pas dire oublier, mais que le passé reste présent dans leurs mémoires et qu’ils leur serve de leçon, mais qu’il ne doit en aucun cas être un handicap pour leur décollage!

Bakary Keïta, jeune guinéen

 

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