Fête du 27 août : Les femmes guinéennes à l’honneur

Le 27 août de chaque année est retenu pour célébrer la fête des femmes en Guinée. Pour qui connaît l’histoire de la Guinée indépendante, le choix de cette date est loin d’être fortuit. Pour cause.

Après avoir accédé à l’indépendance sous la direction de feu Ahmed Sékou Touré, la Guinée connaîtra pendant vingt-six ans un régime de type socialiste. Le libéralisme économique sera combattu par les « serviteurs » de la Révolution avec la dernière énergie. Au lieu de laisser les commerçants développer librement leurs activités dans l’intérêt des populations guinéennes, l’Etat guinéen, à cette époque-là, a plutôt préféré s’impliquer lui-même dans le Commence. Les sociétés d’Etat ont été créées pour essayer de répondre aux attentes des populations dans le domaine de la consommation. Malheureusement, cette politique montrera très tôt ses limites. En 1975, la situation économique du pays est devenue très critique au point d’amener les autorités politiques à prendre curieusement de nouvelles mesures impopulaires.

Les denrées alimentaires et des articles de grande consommation se faisaient de plus en plus rares sur le marché. La plupart des Guinéens qui exerçaient jusque-là dans le secteur du commerce ont fini par quitter le pays pour s’installer, de façon plus ou moins durable, dans les pays limitrophes (Côte d’Ivoire, Sénégal, Sierra Leone, Libéria, Mali, etc.). Face à cette situation, les autorités ont cru devoir prendre leurs responsabilités en instituant une Police économique pour mettre au pas ceux qu’elles appelaient les trafiquants, les contrebandiers, les saboteurs ou les contre-révolutionnaires. Et à vrai dire, cette Police économique, au fil des semaines et des mois, se distinguera par ses exactions et son zèle dans l’exécution de sa mission. Le 27 août 1977, pour protester contre cette situation devenue invivable, les femmes du marché M’Balia (actuel Madina) ont pris leur courage à deux mains pour marcher sur la présidence de la République. Le Président Ahmed Sékou Touré, que l’on présentait jusque-là comme le « chouchou » des femmes, a vite compris le message. Et comme il fallait s’y attendre, il ne se fera pas prier pour annoncer devant les femmes en furie, la suppression de la Police économique. Cette puissante mobilisation des femmes guinéennes reste encore vivace dans les esprits. Sous la deuxième République, le 27 août a été institué fête des femmes guinéennes, faisant ainsi référence au soulèvement des femmes le 27 août 1977. Cette année, l’occasion a été mise à profit par les femmes pour parler de la qualité de vie et de la parité. Au fil des années, les femmes guinéennes ont compris qu’il ne servirait à rien de s’illustrer continuellement dans l’organisation des festivités et autres danses folkloriques alors que leurs conditions de vie sont loin d’être enviables et que leurs droits continuent d’être bafoués à longueur de journée. Depuis un certain temps, des organisations féminines évoluent sur le terrain avec des objectifs clairement définis. Parmi les objectifs qu’elles se fixent, l’on peut citer entre autres l’accès aux postes de commandement, la représentativité dans les institutions du pays, la défense des droits qui leur sont reconnus. Au-delà donc des discours prononcés ou des festivités organisées, la fête du 27 août devrait être une occasion à mettre à profit par les femmes pour faire le point du combat qu’elles mènent courageusement pour leur émancipation et leur épanouissement socio-économique.

Source: guineeactu.info

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