Dame de Fer : A 32 ans, Nadia Nahman devient la cheffe de cabinet de l’une des grandes formations politiques en Guinée

Elle est jeune, dynamique et surtout influence l’arène politique de la République de Guinée. Pour preuve, elle est la cheffe de cabinet et porte-parole du Président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée UFDG. Dans une interview accordée à notre rédaction, Nadia Nahman a parlé de son brillant parcours, mais surtout ce qui l’a incité à faire la politique. Bonne lecture !

Bonjour Mme Nadia, Faites-nous votre biographie ?

Mme Nadia : Je suis Nadia Nahman cheffe de cabinet et porte-parole du Président de l’UFDG El hadj Cellou Dalein Diallo. Je suis née le 10 mai 1987 à Abidjan. Je suis la troisième d’une famille de 5 enfants dont un garçon et quatre filles. Ma mère, Mama Sylla est commerçante, de même que mon père Nabil Nahman, tous deux de Dubréka. J’ai eu une enfance assez heureuse bien que modeste. Mes parents m’ont très tôt inculquée les valeurs de respect, persévérance et de tolérance. Ma mère me martelait souvent que mes études étaient mon premier compagnon. L’enfant que j’étais ne saisissais que vaguement la portée de cette phrase. C’est plus tard que je compris que les études étaient l’une des clés d’accès à l’autonomie. Il n’est, en effet, pas plus grande richesse que celle de pouvoir décider librement pour soi. Cette liberté de choix n’est possible que grâce à l’autonomie. Je lui en suis extrêmement reconnaissante.

Parlez-nous de votre cursus universitaire et professionnel

Mme Nadia : Suite à l’obtention du baccalauréat option Sciences sociales à l’université Koffi Anan à Conakry, mon rang de 5ème de la République m’a permis d’obtenir une bourse d’études pour le Maroc où j’ai effectué mes études universitaires. J’ai obtenu une Licence en Droit public à l’Université Hassan II de Mohammedia où j’ai toujours été major de ma promotion. J’ai ensuite poursuivi mes études avec un Master « Nouvelles tendances de droit international » à l’Université Ain chock de Casablanca.

Après m’être vue octroyer une bourse d’été à Strasbourg,  je décidai de m’inscrire en thèse de doctorat. Une telle entreprise supposait un sujet de recherche qui tienne la route et surtout un Directeur de thèse disposé à encadrer mes travaux. C’est ainsi que je décidai de m’inscrire à un Master II en droit international à Strasbourg afin d’apprivoiser le système. Parallèlement à mon inscription en thèse à l’Université Paris 2- Panthéon Assas, j’obtins deux diplômes universitaires (DU) dont l’un intitulé « clinique des droits de l’homme » et l’autre « Droit, société et pluralité des religions ». Sortie major de ce second DU, l’occasion m’a été offerte de prendre part à une table ronde auprès du Premier Ministre, de la Ministre de l’Éducation et du Ministre de l’intérieur de l’époque.

L’une de mes plus importantes distinctions reste cependant le Diplôme du prestigieux Institut International des Droits de l’homme-Fondation René Cassin. En tant que lauréate de la session 2015, voir mon nom figurer sur la liste des heureux récipiendaires de ce diplôme m’emplit de fierté.

Au titre des activités professionnelles que j’ai eu à exercer, j’ai commencé par l’enseignement à l’Université de Strasbourg où j’ai dispensé des travaux dirigés puis à Sciences Po Paris où j’assurais des conférences de méthode. Sciences Po Paris fut l’une des expériences les plus passionnantes et stimulantes qu’il m’ait été donné de vivre tant sur le plan intellectuel qu’humain. Mes étudiants me rendirent assez bien mon investissement. Parallèlement à ma thèse, j’ai travaillé dans le domaine de la monétique et des assurances. Mon expérience de porte-parole de Cellou Dalein Diallo aux présidentielles de 2015 s’est révélée très instructive et a constitué le véritable déclic de mon engagement politique. Je suis très fière d’avoir pris part à l’instauration de cette culture du débat axé autour de la défense du projet de société du candidat dont je défendais la vision. Débattre plutôt que se battre, tel est le crédo de l’UFDG et je pense l’avoir incarné avec sérieux et lucidité.

Qu’est-ce qui vous a motivé à faire la politique ?

Mme Nadia : Je fais la politique parce que j’aime les gens, parce que j’ai une idée de ce que j’aimerai que soit la Guinée. Je suis animée par la volonté d’améliorer les choses, et fondamentalement, par l’idée de me sentir utile aux autres. L’indignation au nom de l’injustice est aussi l’un des ressorts qui m’a conduit sérieusement à me lancer en politique.

Pourquoi le choix de l’UFDG ?

Mme Nadia : Le choix de l’UFDG tient tout d’abord au leadership et aux qualités que j’ai pu découvrir chez son Président. J’ai rencontré Cellou Dalein Diallo en 2014 dans le cadre d’une rencontre organisée à l’attention des responsables des structures du Parti en France. J’ai eu la chance de le côtoyer depuis et de découvrir un homme qui a le sens de la parole donnée, qui dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Un homme prêt à déployer toute son énergie pour protéger la dignité des guinéens, où qu’ils soient, un homme déterminé à en finir avec les pratiques qui heurtent les valeurs de la République, un homme qui exècre l’injustice et encense le mérite et la rigueur, un homme qui a une vision pour ce pays. J’ai décidé de quitter mon exil pour prendre part à la lutte pour une Guinée unie et prospère à ses côtés.

A part la politique quelle activité pratiquez-vous ?

Mme Nadia : Parallèlement à la vie politique, j’exerce des activités associatives et suis membre de plusieurs associations dont la Fondation René Cassin qui promeut l’éducation aux droits de l’homme par des sessions d’enseignement entre autres activités, et une association dont je tairai le nom car elle est en cours de constitution. Elle a vocation à lutter contre les violences sexuelles et sexistes faites aux femmes et les cybers violences. Le monde associatif a servi de passerelle me permettant d’intégrer l’univers politique. En effet, j’ai dirigé l’Association des étudiants guinéens de Strasbourg (AGES) avec beaucoup d’engouement pendant deux années. C’est au terme de cette expérience que je décidai de rejoindre l’UFDG en 2014 en me faisant élire Secrétaire générale de la section de Strasbourg.

Mon passé associatif m’a également conduit à animer des journées culturelles dans le royaume chérifien au cours desquelles notre riche et flamboyant patrimoine culturel était magnifié. Les anciens de l’ASEGUIM (association des stagiaires, étudiants et élèves guinéens au Maroc), et de la CESAM (confédération des élèves, étudiants et stagiaires africains au Maroc), gardent sans doute en mémoire ces moments de communion et de célébration de la culture guinéenne au Maroc.

En tant que femme, vous êtes la cheffe de cabinet d’un parti politique, comment vous sentez-vous ?

Mme Nadia : Le genre n’a jamais été un facteur déterminant dans mes choix de vie, y compris professionnelle. Je ne me suis jamais fermée de portes au motif de mon appartenance à un sexe. Dans mes ambitions d’adolescente, je me voyais pilote de l’air, passionnée que j’étais par les avions de chasse. J’ai dû atterrir en politique mais ne suis pas déçue car l’adrénaline recherchée est aussi présente sur ce terrain. Je me console néanmoins avec les sauts en parachute de temps en temps (rires).

Je suis à la place que j’occupe non pas en raison du genre mais en raison de l’expertise que je pense pouvoir apporter et du dynamisme que j’espère pouvoir insuffler à ma formation politique. Le cabinet que je dirige est composé de cadres extrêmement compétents, talentueux et expérimentés au contact de qui j’apprends tous les jours, dans un contexte politique particulièrement difficile. Je me sens déjà riche de cet apprentissage et comme j’aime souvent à le répéter, c’est une formation qui ne s’acquiert ni à Science Po, ni à l’ENA, encore moins à Polytechnique (rires).

Que pensez-vous de la situation sociopolitique du pays ?

Mme Nadia : La Guinée va mal. La démocratie chèrement acquise subit actuellement de grave revers.

Les résultats de la gouvernance économique ne sont guère reluisants. La situation sociopolitique est telle que s’est installé un climat des affaires peu propice à l’investissement et à la création d’entreprises en dépit du potentiel humain et naturel indéniable de notre pays. Les critères objectifs de compétence et de mérite ne président plus au choix des hommes et des femmes qui nous dirigent.

La Guinée doit pourtant se consacrer à l’essentiel : le chômage des jeunes et la pression migratoire qui l’accompagne, la pauvreté, l’éducation, les infrastructures, la santé, l’énergie, l’insécurité, l’agriculture, la lutte contre la corruption et l’impunité, l’assainissement… Comment faire de l’agriculture en Guinée un véritable moteur de croissance en Guinée ? Comment réunir les conditions de l’attractivité du climat des affaires en Guinée ? Comment générer des investissements privés de qualité à fortes retombées économiques et sociales ? Ce sont autant de questions qui intéressent et occupent les cadres et militants de l’UFDG.

Les chantiers sont titanesques mais je suis de celles et ceux qui refusent tout fatalisme. Pas d’optimisme béat ni de pessimisme sombre. Je crois plutôt en la valeur travail qui a permis à un pays comme la Côte d’Ivoire de renaitre de ses cendres après avoir été dévastée par la guerre et de renouer avec des perspectives de croissance très encourageantes par le seul volontarisme de ses filles et fils. Rien ne manque à la Guinée pour se frayer un tel chemin sinon les hommes et les femmes qu’il faut à la place qu’il faut.

Êtes-vous mariée et avez-vous des enfants ? Si oui comment parvenez-vous à faire votre carrière, s’occuper de l’éducation des enfants sans oublier votre mari ?

Mme Nadia : Je ne suis pas mariée et n’ai pas d’enfants, du moins pour l’instant.

Que pensez-vous de la représentativité des femmes dans les instances de prises de décision en Guinée ?

Mme Nadia : La sous-représentativité des femmes dans les instances de prise de décision est une réalité qu’on ne saurait occulter. Le monde de la politique est un monde masculin. La faible proportion des femmes dans les exécutifs communaux après les dernières élections communales en est une illustration : sur 23,8% de femmes candidates aux élections communales de février 2018, on compte seulement 6% de conseillères dans le pays ; des 342 maires, seuls 6 femmes sont maires et une seule est à la tête d’une commune urbaine. Au gouvernement, nous n’avons que 4 femmes sur une trentaine de ministres, une seule gouverneure sur 8 et une femme préfet sur 33.

Les femmes sont pourtant très présentes sur le terrain au niveau des partis politiques, mais reléguées quand il s’agit des postes et instrumentalisées lors des élections puis mises à l’écart. A l’UFDG, des efforts appréciables ont été fournis pour améliorer la représentativité des femmes dans les différentes instances du Parti et leur volontarisme fait l’unanimité lorsqu’il s’agit de descendre dans l’arène et de prendre part au combat politique. Il sied de souligner que la condition féminine ne se résume toutefois pas à une question de représentativité. La condition féminine s’améliore-t-elle lorsque des femmes parviennent au sommet ? Ont-elles véritablement les coudées franches ?

En Éthiopie, il a été institué un gouvernement paritaire, une femme Sahle-Work Zewde, a été élue par le parlement à l’unanimité à la présidence en octobre 2018. Des portefeuilles régaliens ont été confiés à des femmes, tels ceux de la Défense et de la paix, de la police fédérale et du renseignement tout comme la Cour suprême et la commission électorale. Dans un pays qui compte 105 millions d’habitants, c’est un bel exemple.

Aujourd’hui vous êtes la cheffe de cabinet de l’UFDG, quelle est la nouveauté que vous allez apporter à ce parti ?

Mme Nadia : Sans doute sous l’influence de mon expérience d’enseignante, il me tient particulièrement à cœur de continuer à transmettre, tout en instillant cet esprit de contradiction nécessaire au débat public. C’est du choc des idées que jaillit la lumière. L’éducation citoyenne est l’un de mes terrains de prédilection. La Constitution à son article 3 exhorte les partis politiques à jouer ce rôle d’animation.

Enfin quel appel pourriez-vous lancer aux femmes de la Guinée ?

Mme Nadia : Je leur dirai que l’autonomie des femmes est la première des batailles.

Je leur parlerai du courage d’être soi, d’être une femme, de mettre de côté les réflexes d’autocensure et de peur, de s’accepter dans leur singularité et de ne pas se créer de barrières artificielles alors que de nombreuses autres, bien réelles, se dressent déjà sur leur chemin dans une société patriarcale. Je les inviterai à lire l’auteure nigériane Chimamanda N’gozie Adichie et son livre « Nous sommes tous des féministes ».

Interview réalisée par Hasso Bah 623125203

 

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